Il faut entendre les impressions des gosses, les faire parler après l’événement du 12 janvier. Voici quelques réactions de la plupart.
Petite histoire de camp et dialogue des enfants
En Haïti, quelque soient les circonstances, il y a toujours une occasion pour rire née à l’imagination de nos compatriotes. En général les gens croient au vodou, aux zombis (gens morts et revenus sur terre) et aux loups-garous (une espèce d’être qui vole pendant la nuit). Un groupe de gosses juste avant de les laisser, vient me raconter qu’ils ont vu des loups-garous, ils les ont touchés, les chiens les ont poursuivis mais ils ont volé dans le kénépier… Habillés tout de noir, ils étendaient leurs ailes de temps en temps en se promenant autour des tentes où dort une quarantaine d’entre eux. J’ai posé des questions bien précises. Tous ont affirmé qu’ils ont vu. En bien, je vais solutionner ce petit problème leur dis-je. Allez me chercher 6 machettes parmi les 24 que j’ai toujours là au dépôt. Demain matin, à mon arrivée, vous me présenterez la tête de ces loups-garous. Attaquez-les par groupe de deux d’entre vous. Voici mon numéro de phone… Appelez-moi dès que vous aurez massacré ces loups-garous. Je viendrai vous trouver en hélicoptère le soir même.
Le lendemain sans surprise, j’apprends qu’aucun loup-garou ne s’était présenté au camp pendant la nui. Tout le monde avait bien dormi…
Les loups-garous en somme c’était qui ? Des types du quartier qui voulaient faire déguerpir les gosses pour avoir leur place et ainsi… manger 2 ou 3 fois par jour (à la place des gamins) et peut-être piller mon dépôt de nourriture… Aux grands maux, les grands remèdes !!!
Réflexions et histoires entendues de la bouche des enfants. Un gamin me pose une question : Mon père, en quelques secondes 200,000 haïtiens meurent. Dieu va les juger, un à un ? Ça va lui demander des jours pour faire ce travail… mais est-ce qu’il va nous mettre en dépôt comme dans la prison de Pétion-Ville pour les appeler l’un après l’autre ?
Un autre me dit: c’est une grande foule qui arrive devant Dieu… Nombreux comme au carnaval mais les blancs devront attendre avant d’être jugés parce que on est nombreux et les Haïtiens aiment discuter.
Un troisième réfléchit tout haut et me dit : sûrement au ciel, il n’est pas question de tentes à faire pour les gens en attendant qu’ils soient jugés et rentrent au paradis.
Un autre rapporte que ses amis- parentes ont dit que l’Evêque est mort parce que avec tous ces catholiques morts, il fallait au ciel un chef de diocèse pour les conduire à Dieu ???
Hier lundi, nous avons recommencé la cantine en invitant un petit nombre : 150. Ils n’ont pas amené de cousins ou de cousines. Un seul a amené sa maman. Donc, tout s’est déroulé en ordre. Aujourd’hui, mardi on a rien. Ils sont invités pour mercredi. Le bruit court. Certainement, ils seront 300… Vendredi, à n’en pas douter, ils dépasseront 400 ! Ce sera la dernière vague… On doit aller avec précaution parce que quand la foule s’installe de force quelque part, on ne peut plus l’enlever. Pas question de police ou de raisonnement. On aurait pu commencer la cantine avec 400, mais on pourrait voir arriver 600 ! Alors que faire ?
Nous avons contacté et analysé les besoins urgents de quelques professeurs. Nous devons voir de nos yeux l’état des lieux, ou bien envoyer un maçon pour faire l’évaluation. On a promis une aide à la plupart, un coup de main. Il est impossible de tout faire pour tous les employés. L’essentiel que nous fixons est de les faire sortir des tentes, leur fournir des ustensiles de cuisine, quelques habits… Juste le nécessaire… Aux enfants nous assurons la cantine et des souliers… Quelques habits aussi…
C’est à ce point qu’on en est. Peu mais bien… Juste le nécessaire. C’est qu’on n’a pas de millions entre les mains…
Cadeaux aux professeurs, aux employés et aux nécessiteux :
400 couvertures en laine
30 boites avec ustensiles de cuisine
150 bâches en plastic pour couvrir le dessus de l’endroit où ils se couchent
100 moustiquaires
200 bouteilles d’eau
80 étuis en plastic avec tout pour la toilette.
Père Simon

Chère Père Simon,
nous pensons tous les jours à vous.. Tous. Je lis les infos de Geomoun avec grande attention. D’ici, en belgique, on ne peut pas imaginer, mais l’écho des rires des enfants de Timkatec et les nouvelles semblent plein d’espoir. LA force de chaque Haitien m’émeut .. Prières, courage… A vous tous
Gauthier & Steve
Les clowns & Magiciens Sans Frontières Belgique de novembre 2008