Contexte

En dépit des multiples potentialités et richesses de la RD Congo, la population congolaise est loin de jouir de ce “paradis”, du fait d’une mal-gouvernance dont souffre le pays.

En effet, depuis 1975, la RDC connaît une crise économique qui n’a pas cessé de s’accentuer. Le Produit Intérieur Brut, par exemple, a connu des taux de croissance négatifs sur toute la décennie 90 : – 6,6% en 1990 et – 14% en 1999 (PNUD, 2001).

Un autre indicateur, plus complexe que le PIB, est l’indice de développement humain (IDH)

Cet indicateur s’élevait en 2006 à 0,411; ce qui classait la RDC au 168ème rang sur 177 pays classés (Source www.dgos.be/fr, octobre 2007). Cet indice résume la situation relative au taux d’alphabétisation des adultes ; l’espérance de vie à la naissance ; le taux brut de scolarisation ; et le PIB par habitant en PPA (Parité du Pouvoir d’Achat). Il permet de mesurer le niveau DSCN1432de pauvreté non seulement en termes monétaires, mais aussi en rapport avec les besoins fondamentaux des populations qui en sont victimes. Le cas de la RDC est donc plus que préoccupant.

Un taux d’analphabétisme élevé :

Le taux d’analphabétisme en RDC n’a pas varié entre 1995 et 2001. Il est passé de 33% en 1995 à 33% en 2005 pour l’ensemble du pays ; de 18% à 19% chez les hommes et de 46% à 44% chez les femmes.

Comme le montre le graphique 1, le Congo, tout comme la plupart des pays de l’Afrique sont particulièrement touchés par l’analphabétisme.

Graphique 1 : Le taux d’alphabétisation dans le monde

taux analphabétisation

Source : Atlas Les Images du Monde (Imago Mundi)

En observant la moyenne nationale, on constate que le taux d’analphabétisme de cette tranche d’age (15 ans et plus) est élevé : 32 personnes âgées de 15 ans et plus sur 100 ne savent ni lire ni écrire. Il existe un grand écart entre les hommes (19%) et les femmes (44%).

Cette situation est due notamment à l’absence d’un programme national d’alphabétisation des adultes, aux insuffisances des structures d’encadrement, au peu d’intérêt accordé à l’alphabétisation et à certains facteurs socioculturels.

L’analphabétisme en milieu rural est de loin supérieur à celui du milieu urbain (40% contre 14%).

Le taux d’analphabétisme varie de 10% pour les ménages les plus riches à 43% pour les plus pauvres. On peut en conclure que le niveau de pauvreté influence le niveau de l’alphabétisation des ménages.

Une situation économique difficile :

Près de 57% de la population âgée de 15 à 64 ans exercent une activité économique (le petit commerce dans la plupart des cas). Toutefois, la plupart du temps cette activité économique est précaire. Selon les responsables du PAIDEK, une institution de micro finance oeuvrant en milieu urbain à Bukavu, 8 sur 10 familles de Bukavu survivent grâce aux revenus d’un petit commerce de subsistance.

Seuls 16% des congolais sont travailleurs au sens strict du terme. 57% de la population vit de la débrouillardise du secteur informel, par des activités de petit commerce.

Les travailleurs non salariés, c’est-à-dire les personnes qui exercent une activité économique pour laquelle elles ne perçoivent pas un salaire (activités indépendantes autres que l’agriculture), sont un peu plus nombreux (9%) que les travailleurs salariés (7%). Ceci corrobore le fait bien connu de la prédominance du secteur informel en RDC. (Pain, 1980).

2% de la population congolaise consomment moins d’un repas par jour et donc ne mangent pas tous les jours. Cette situation est plus préoccupante dans le Sud-Kivu, à l’Équateur et dans la Province Orientale qui sont des provinces à vocation agricole mais où 5% des ménages mangent moins d’un repas par jour.

L’incapacité des parents à payer les frais scolaires est de loin la principale cause qui justifie la non-fréquentation scolaire par les enfants de manière générale.

En effet, contrairement au fait que la constitution de la RD Congo stipule que « chaque enfant a droit à une scolarisation gratuite », les parents sont obligés de payer une prime mensuelle aux différentes écoles (privées comme DSCN1447publiques) afin de pouvoir bénéficier de leurs services. Cette prime correspond au minerval scolaire et s’élève en moyenne à 13€/trimestre pour un enfant à l’école primaire et 22€/trimestre pour un enfant à l’école secondaire. A cette prime il convient d’ajouter le droit d’inscription annuel  qui varie entre 5 et 10€ selon les établissements et les enfants ainsi que les frais liés au matériel scolaire et à l’uniforme (obligatoires).

Au total, l’ensemble de ces frais pour une année scolaire (3 trimestres) peut-être estimé à 80 €/an pour un enfant à l’école primaire et 100 €/an à l’école secondaire.

La proportion d’enfants n’ayant jamais fréquenté l’école primaire est élevée en RDC (31%). La crise économique que traverse actuellement la RD Congo ainsi que la poussée démographique que connaît la RD Congo constituent en effet un véritable frein à la scolarisation des enfants. D’une part, les parents ont beaucoup de difficultés à soutenir financièrement la scolarité de leurs enfants; d’autre part, la capacité d’accueil des écoles semble dépassée par rapport au nombre sans cesse croissant d’enfants d’âge scolaire.

Deux faits complémentaires peuvent expliquer la non-fréquentation scolaire des enfants congolais : le manque réel de moyens financiers permettant aux parents de payer les frais de scolarité, et la pratique actuelle qui consiste à ne pas admettre les enfants non en règle de paiement de minerval avec l’école.

Dans certains cas, les élèves sont expulsés pour un ou quelques jours seulement de retard de paiement. Cette pratique résulte, selon les chefs d’établissements, de la nécessité d’avoir les moyens nécessaires pour faire fonctionner l’école, y compris le paiement de la « prime » due aux enseignants.

Ceci (re)pose le problème de la responsabilité de l’État congolais vis-à-vis du financement de la scolarisation des enfants. Sa démission et le fait de faire endosser cette charge aux parents conduisent à la non-fréquentation, momentanée ou prolongée, d’une bonne moitié des enfants congolais.

En plus de cela, Beaucoup d’enfants se voient contraints d’abandonner l’école et ce pour diverses raisons :

  • Parents sans emploi ; ceux qui travaillent ont de très faibles revenus qui ne peuvent leur permettre de faire face au coût de la scolarisation de tous leurs enfants. Cette situation de pauvreté croissante fait que les parents manquent de moyens pour financer la scolarisation de leurs enfants. Ils sont donc obligés de lutter pour la survie quotidienne de leur famille (souvent nombreuse).Suite aux manques de ressources pour la prise en charge effective de leurs enfants, les parents abandonnent le volet de la scolarisation pour subvenir à d’autres besoins quotidiens vitaux (alimentation, soins de santé,…).
  • déplacements réguliers des familles fuyant les zones d’insécurité ;
  • Situation d’insécurité qui cause un manque en personnel qualifié pour l’enseignement (les enseignants ont peur de travailler dans les milieux ruraux) ;
  • Destruction et occupation de plusieurs écoles par les groupes armés.

A ce tableau déjà noir, il faut rajouter la situation encore plus difficile des fillettes et des enfants des rues.

La Situation particulière de l’Est de la RDC

La partie Est de la république démocratique du Congo est le bastion, depuis DSCN1443près de 15 ans, d’une série de rébellions, guerres et conflits régionaux entraînant ainsi des mouvements massifs des populations de toute la région des Grands lacs africains.

Cette situation cause des catastrophes humanitaires qui affectent plus les femmes et enfants qui en sont victimes de par leur vulnérabilité.

On assiste alors à des situations telles que : le non respect des droits fondamentaux (droit à l’éducation, droit à la santé,…), une incidence élevée des viols et violences sexuelles, des recrutements forcés d’enfants mineurs par les différents groupes armés, une extension régionale de l’épidémie du VIH/SIDA, l’arrêt de la scolarisation suite aux déplacements des populations,…

La situation décrite ci haut affecte plus particulièrement les villages où on observe un exode rural massif. Les déplacés viennent en ville, laissant derrière eux tous leurs biens.

Des changements possibles :

Cependant, des changements sont possibles ! Plusieurs initiatives locales d’encadrement des enfants défavorisés et d’appui à l’éducation ont été mises en place en faveur de ces enfants soit par des ONG locales, soit encore par des personnes de bonne volonté sensibles à la problématique.

De plus, actuellement, nous assistons à un retour à la paix avec l’organisation des élections ainsi qu’à une stabilisation des populations dans leurs milieux (retour massif des déplacés et autres réfugiés).

Ainsi donc, en dépit de ce tableau difficile mettant en péril l’avenir des enfants de l’est de la RD Congo, nous pensons que des actions spécifiques d’appui à la scolarisation des enfants peuvent contribuer à améliorer leur avenir.